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claude et georges pompidou l amour au coeur du pouvoir
L Ă©lan du coeur : propos et souvenirs / Claude Pompidou ; avant-propos d'Alain Pompidou / Ădition augmentĂ©e / 61-Lonrai : Normandie roto impr. Lettres, notes et portraits, 1928-1974 / Georges Pompidou ; tĂ©moignage d'Alain Pompidou ; prĂ©face d'Ăric Roussel / Paris : Librairie gĂ©nĂ©rale française , impr. 2014, cop. 2012
Pourque l'Histoire de France ne se perde pas dans les plaisirs immĂ©diats procurĂ©s par notre monde consumĂ©riste, oĂč chaque Ă©vĂ©nement en chasse un autre et oĂč la mĂ©moire est malheureusement soluble dans l'eau, Yves GuĂ©na, qui fut ministre du gĂ©nĂ©ral de Gaulle puis de Georges Pompidou et fut prĂ©sident du Conseil constitutionnel, et Jean-Marie Cuzin,
18dĂ©cembre 2013 : premiĂšre greffe du cĆur artificiel Carmat sur un patient, Claude Dany, Ă lâhĂŽpital europĂ©en Georges Pompidou Ă Paris. 2 mars 2014 : dĂ©cĂšs de Claude Dany.
Unerelation trÚs forte unit la famille Pompidou au Pays bigouden, et notamment Claude, ancienne premiÚre Dame de France. Son fils, Alain, réside toujours à Sainte-Marine.
Lejournal La Vie Quercynoise revient sur les relations entre Georges Pompidou et Monseigneur Marty, Ă©vĂȘque de Saint-Flour de 1952 Ă 1959, archevĂȘque de Paris de 1968 Ă
Lieu De Rencontre Le Puy En Velay. Documentaire histoire de 1h25min de 2012Le récit des quatre années et demi du couple Pompidou à l'Elysée, depuis la calomnie initiale jusqu'à la mort du Président, terrassé par une Claude et Georges Pompidou l'amour au coeur du pouvoirSynopsisDébut octobre 1968, une rumeur enflamme le tout-Paris Claude Pompidou, la femme de l'ancien Premier ministre, aurait fait assassiner un playboy yougoslave, Stephan Markovic, parce qu'il la faisait chanter avec des photos de parties fines. Ce complot sordide scelle le destin de Georges Pompidou, qui vient de quitter Matignon aprÚs six années de fonction. Outré par cette machination fomentée par certains gaullistes, il décide de briguer la présidence. Ce documentaire raconte les quatre années et demi du couple Pompidou à l'Elysée, depuis la calomnie initiale jusqu'à la mort du président, terrassé par une leucémie.
par Patrick Kessel, cofondateur et prĂ©sident dâhonneur du ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique, ancien Grand MaĂźtre du Grand Orient de France. 22 fĂ©vrier 2022Patrick Kessel, Marianne toujours ! 50 ans dâengagement laĂŻque et rĂ©publicain, prĂ©face de GĂ©rard Delfau, Ă©d. LâHarmattan, 8 dĂ©c. 2021, 34 e. La prĂ©sence au gouvernement de ministres et secrĂ©taires dâĂtat tels Robert Badinter, Charles Hernu, Alain Savary, AndrĂ© Delelis, AndrĂ© Henry, Jean-Pierre ChevĂšnement, Roger Quilliot, Georges Fillioud, Louis Mexandeau, Jean-Pierre Cot, Laurent Fabius, Yvette Roudy, Anicet Le Pors, Edwige Avice, Henri Emmanuelli, Georges Lemoine, AndrĂ© Cellard, François Abadie, amis pour beaucoup de longue date, me rassure. Ils ne sont bien Ă©videmment pas tous maçons ! Mais ce sont tous dâauthentiques rĂ©publicains. Parmi les nouveaux dĂ©putĂ©s socialistes qualifiĂ©s de "barbus" par la presse de droite, on trouve beaucoup dâenseignants dont un grand nombre de francs-maçons. Une dizaine de ministres, quelques dizaines de membres dans les cabinets ministĂ©riels, Ă©crit Le Monde qui sâinterroge on ne sait qui, du PS ou du Grand Orient, a infiltrĂ© lâautre. La formule est bien excessive. Et les faits vont dĂ©montrer quâil nây aura pas mĂ©lange de genres. Mais Ă ce moment prĂ©cis, une seule question brĂ»le les lĂšvres des journalistes les francs-maçons vont-ils peser dâun poids spĂ©cifique sur lâaction du gouvernement Mauroy ? Ce que je sais dâeux me donne Ă penser que, sâils sont tous de gauche Ă des degrĂ©s divers et avec des parcours diffĂ©rents, ils sont tous des laĂŻques convaincus. La plupart des dĂ©putĂ©s et sĂ©nateurs francs-maçons, toutes appartenances confondues, se retrouvent Ă la Fraternelle parlementaire Ă laquelle je participe moi-mĂȘme comme journaliste accrĂ©ditĂ© au Parlement. Jamais je nâai assistĂ© Ă une rĂ©union au cours de laquelle la franc-maçonnerie aurait donnĂ© des consignes aux Ă©lus avant un vote. Qui aurait essayĂ© se serait ridiculisĂ©. Les Ă©lus ont dĂ©jĂ bien du mal Ă respecter les consignes de leur parti ! Il en allait diffĂ©remment sous la IIIĂšme RĂ©publique quand les rĂ©publicains affrontaient un parti clĂ©rical trĂšs bien organisĂ©, puissant et trĂšs conservateur. En revanche, sur certains sujets dâordre Ă©thique davantage que politique, ayant trait aux principes rĂ©publicains et aux libertĂ©s, telles lâinterruption volontaire de grossesse en 1974, lâabolition de la peine de mort en 1981, il Ă©tait bien naturel que des complicitĂ©s philosophiques puissent rapprocher des Ă©lus, chacun pour autant conservant sa totale libertĂ© de vote. FidĂšle Ă la tradition des banquets que les francs-maçons semblent avoir toujours pratiquĂ©e depuis la FĂȘte de la FĂ©dĂ©ration en 1790, contre la Restauration en 1830, contre la Monarchie de Juillet en 1848, pour la RĂ©publique sous la IIIĂšme, la Fraternelle parlementaire organise des dĂźners-dĂ©bats sur les grands sujets du moment et invite des personnalitĂ©s extĂ©rieures Ă Ă©clairer les Ă©lus de leurs connaissances. Sous la prĂ©sidence rĂ©cente de Christian Bataille puis Christophe-AndrĂ© Frassa, tous deux dĂ©putĂ©s, lâun de gauche, lâautre de droite, fidĂšle Ă sa tradition, elle sâest mobilisĂ©e pour dĂ©fendre la laĂŻcitĂ© chaque fois quâelle Ă©tait menacĂ©e. Certains journaux proches de lâextrĂȘme-droite tel Minute le lui ont reprochĂ©, dĂ©nonçant ces acteurs occultes qui attesteraient de la mainmise de la franc-maçonnerie sur la RĂ©publique ! Les mĂȘmes ne sâindignent jamais des discrĂštes rĂ©unions organisĂ©es autour de dignitaires de lâĂglise associant des Ă©lus catholiques afin dâorienter les choix politiques tout particuliĂšrement en matiĂšre de mĆurs, de libĂ©ration sexuelle, dâĂ©mancipation fĂ©minine, de bioĂ©thique et bien sĂ»r de laĂŻcitĂ©. Lâalternance politique nâallait dâailleurs pas interrompre cette politique, lâĂglise ayant su Ă©tablir des relations de proximitĂ© Ă gauche lui permettant notamment de contourner la loi de sĂ©paration des Ăglises et de lâĂtat et de sauvegarder le Concordat en Alsace-Moselle. Elle saurait se faire plus discrĂšte, ce qui ne signifie pas moins efficace, le cardinal Lustiger ayant ses entrĂ©es Ă lâĂlysĂ©e. Pendant les quatorze annĂ©es de la prĂ©sidence mitterrandienne, des francs-maçons ministres, dĂ©putĂ©s, sĂ©nateurs, responsables des partis socialiste et radical de gauche, militants, se retrouvent Ă la Fraternelle Ramadier. On y parle politique bien Ă©videmment. On y dĂ©bat des grands projets de rĂ©forme, souvent travaillĂ©s depuis des annĂ©es dans des loges, comme lâabolition de la peine de mort, lâextension des droits sociaux, lâĂ©galitĂ© entre hommes et femmes, lâĂ©cole de la RĂ©publique. Cette Fraternelle Ramadier a pris son nom de lâancien prĂ©sident du Conseil, cĂ©lĂšbre pour avoir refusĂ© de voter les pleins pouvoirs Ă PĂ©tain en 1940, pour avoir en 1947 Ă©vincĂ© du gouvernement les ministres communistes qui avaient refusĂ© de voter la confiance au gouvernement, et qui joua un rĂŽle important sous la IVĂšme rĂ©publique et au dĂ©but de la VĂšme, sous la prĂ©sidence de Guy Mollet. Sous lâautoritĂ© de GĂ©rard Jacquet, ancien rĂ©sistant, ancien ministre puis de Roger Fajardie, ancien Grand-MaĂźtre adjoint du Grand Orient, compagnon politique de Pierre Mauroy avant de devenir conseiller du PrĂ©sident, homme subtil aux allures dĂ©bonnaires de nonce apostolique, elle met un point dâhonneur Ă organiser de passionnants dĂ©bats mais Ă ne surtout rien faire. Exprimant vraisemblablement une volontĂ© jupitĂ©rienne du prĂ©sident Mitterrand, jamais clairement formulĂ©e mais toujours nettement insinuĂ©e, Roger Fajardie fait en sorte quâon ne puisse jamais reprocher aux francs-maçons dâavoir exercĂ© une pression sur le Parti socialiste. Et sâassure que les maçons ne vont pas planter quelque Ă©pine au talon du PrĂ©sident. Au fait des secrets de chaque circonscription politique, fin connaisseur de lâhistoire et des hommes, Roger est aussi un brillant conteur captivant ses auditeurs, qui, par lâalchimie du verbe, fait dâun Ă©vĂšnement une fable. Tous les quinze jours, il vient dĂ©jeuner avec moi dans le quartier des Halles prĂšs du siĂšge du Matin de Paris et nous Ă©changeons des anecdotes parfois drĂŽles, parfois pitoyables sur la politique de derriĂšre le rideau des apparences. Ainsi se plaĂźt-il Ă me raconter quâĂ lâoccasion dâun comitĂ© directeur du vieux parti socialiste, il se trouve pris Ă partie par quelques-uns de ses camarades qui lui reprochent son appartenance maçonnique. Comment peux-tu dĂ©fendre ici les intĂ©rĂȘts des travailleurs et ĂȘtre dans ta Loge le frĂšre dâun banquier ? Il faut choisir, ou bien le parti ou bien la franc-maçonnerie ! Relent dâun antimaçonnisme de gauche qui connut ses plus belles heures dans le guesdisme puis le stalinisme, de la mĂȘme façon quâa prospĂ©rĂ© un antisĂ©mitisme de gauche qui conduisit certains de ses tenants jusquâĂ Vichy. Pris Ă partie, Fajardie, espiĂšgle, dâun regard circulaire parcourt les visages de lâassemblĂ©e comme sâil comptait combien de ses frĂšres Ă©taient assemblĂ©s. Lâorateur qui le provoque demande Ă tous les francs-maçons de dĂ©missionner de leur obĂ©dience pour demeurer au parti socialiste. Savourant en gourmet lâastuce quâil prĂ©mĂ©dite, le voilĂ qui met lâassemblĂ©e en face de ses fantasmes "Mes chers camarades, vous me soumettez Ă la torture en mâimposant un tel choix socialiste je lâai toujours Ă©tĂ© depuis mon plus jeune Ăąge, mes convictions sont connues, je nâai rien Ă dĂ©montrer, franc-maçon, je le suis de la mĂȘme façon et je nâai jamais manquĂ© dâaffirmer le parallĂ©lisme et la complĂ©mentaritĂ© de deux dĂ©marches qui visent Ă lâamĂ©lioration de lâhomme. Il nây a donc aucune raison de vouloir remettre en question la libertĂ© dâappartenance philosophique aux membres de notre parti. Il y aurait par contre danger Ă jeter une telle exclusive dâautant que vous ne savez pas qui est maçon et qui ne lâest pas. La suspicion, la mĂ©fiance viendront affaiblir nos rangs tandis que les maçons blessĂ©s - il accompagne Ă ce moment sa parole dâun geste large du bras donnant lâimpression quâil sâadresse au travers de lâassemblĂ©e Ă des dizaines de frĂšres- pourraient ĂȘtre tentĂ©s de rĂ©agir - pourraient ĂȘtre tentĂ©s de rĂ©agir." Grand silence dans la salle. Embarras des uns et des autres. Un vieux socialiste qui en a vu dâautres propose de passer Ă la suite de lâordre du jour et de classer ce mauvais procĂšs. AprĂšs ces prĂ©cisions, Fajardie se rassoit, se dĂ©lectant goulĂ»ment dâune vĂ©ritĂ© cachĂ©e quâil me confie il Ă©tait le seul franc-maçon ce jour-lĂ parmi ses camarades. La peur fondĂ©e sur la mĂ©connaissance avait habilement Ă©tĂ© retournĂ©e contre elle-mĂȘme. Mais lâhumour ne suffit pas toujours Ă renvoyer les fantasmes les plus Ă©culĂ©s. Ă deux reprises au moins, en 1906 et en 1912, sous lâinfluence des guesdistes qui voyaient dans la maçonnerie un instrument de "collaboration de classe", le congrĂšs de la SFIO, le parti socialiste de lâĂ©poque, eut Ă voter une motion demandant lâinterdiction de la double appartenance, motion qui fut rejetĂ©e. Dans les annĂ©es 1980, une nouvelle offensive, portĂ©e au Parlement europĂ©en par quelques dĂ©putĂ©s travaillistes britanniques, sâen prit aux Ă©lus francs-maçons, leur donnant Ă choisir entre la Loge et la section. Aujourdâhui, en Grande Bretagne, tout fonctionnaire franc-maçon doit dĂ©clarer son appartenance. Imagine-t-on pareille offensive contre des Ă©lus catholiques, protestants, juifs, musulmans ? DĂšs lors que de tels clichĂ©s continuent dâhabiter les tĂȘtes de certaines Ă©lites, on comprend la prudence qui animait Fajardie dans lâanimation de la Fraternelle Sa lĂ©gendaire appĂ©tence pour la bonne chĂšre, sybarite dotĂ© dâune grande culture culinaire et dâune connaissance quasi parfaite des cĂ©pages blancs de Loire, des terroirs et des propriĂ©taires, aura eu raison de son cĆur quâil avait par ailleurs si gĂ©nĂ©reux, dans un petit train de province, loin des soins, alors quâil rĂȘvait que son onctuositĂ© de prĂ©lat et ses qualitĂ©s de diplomate convainquent le PrĂ©sident dâexaucer son impossible rĂȘve, ĂȘtre nommĂ© ambassadeur au Vatican. La Fraternelle Ramadier demeura un des rares lieux oĂč chacun sâimposait un ton toujours modĂ©rĂ©, Ă la façon des loges oĂč lâopposition des idĂ©es nâempĂȘche pas le respect des intervenants. Le parti socialiste devait composer avec la montĂ©e de courants antagonistes agrĂ©gĂ©s autour de fortes personnalitĂ©s et leur transformation au fil du temps en Ă©curies de prĂ©sidentiables avec cette part dâinimitiĂ© et bientĂŽt de dĂ©testation qui rendait difficile, voire impossible toute tentative de conciliation. Un Ă©tat dâesprit qui sâimposa au cĆur de lâarĂšne Ă lâoccasion du triste CongrĂšs de Rennes en 1990, oĂč les dĂ©lĂ©guĂ©s polĂ©miquĂšrent entre eux avec virulence jusquâau dernier instant sous lâĆil assassin des camĂ©ras de tĂ©lĂ©vision. Ă cette Ă©poque, membre dâun cabinet ministĂ©riel, je suis en temps rĂ©el les rĂ©unions tout au long de la nuit, les avancĂ©es, les ruptures, les ralliements, les trahisons, les coups de semonce inutiles de lâĂlysĂ©e, tout ce cĂŽtĂ© opĂ©rette des congrĂšs politiques qui, cette fois, nâest pas feinte. Ă la tribune, les orateurs parmi lesquels un certain nombre de francs-maçons se succĂšdent, pourfendant leurs adversaires de courants comme sâil sâagissait dâennemis de classe ! Lionel Jospin et Laurent Fabius jouent la prise en main du parti et leurs mousquetaires sâaffrontent sur des dĂ©bats dits dâorientation. Les autres leaders, par le jeu des alliances, font plusieurs fois basculer la majoritĂ© au cours de cette interminable nuit dâaffrontements verbaux, de tractations secrĂštes, promesses et trahisons. La presse a largement relayĂ© et entretenu les dĂ©bats prĂ©paratoires, un tour de chauffe vite transformĂ© en bataille de tranchĂ©e que se livrent les camarades du poing et la rose. La tension dans ce palais des CongrĂšs atteint son maximum. Vient la traditionnelle rĂ©union du cercle Ramadier Ă lâoccasion dâune suspension de sĂ©ance dans une salle adjacente et fermĂ©e. Le pire est Ă craindre car les frĂšres qui ont pris la parole en sĂ©ance plĂ©niĂšre nâont pas mĂ©nagĂ© leurs efforts, leurs arguments, pour certains leurs formules assassines. Mais le temps dâun bref moment, la magie maçonnique opĂšre son Ćuvre et lâon voit nombre de ceux qui sâescrimaient quelques instants auparavant sur la tribune officielle se donner lâaccolade fraternelle si chĂšre aux anciens chevaliers, et qui fait de la franc-maçonnerie un espace privilĂ©giĂ© dâhumanitĂ©. Certes, sans naĂŻvetĂ©, y a-t-il probablement quelques baisers de Judas dans ce concert de fraternitĂ©. Mais pour moi, tĂ©moin privilĂ©giĂ© du moment, câest une merveilleuse occasion dâimaginer que les idĂ©es peuvent encore peser sur la rĂ©alitĂ© et le respect prendre le pas sur la vindicte. Ni la Fraternelle parlementaire, ni la Fraternelle socialiste, Ă ma connaissance, ne firent pression sur le gouvernement pour soutenir telle ou telle orientation politique ou sây opposer. Nous allions Ă quelques-uns regretter ce choix, respectueux dans son principe, absurde politiquement, en particulier quand viendra le temps de la rĂ©forme de lâĂ©cole publique. Nous Ă©tions convaincus que tous les radicaux, tous les socialistes et tous les francs-maçons se retrouveraient pour promouvoir la laĂŻcitĂ©. Lâhistoire allait se dĂ©rouler tout autrement. Sur les autres sujets, lâunanimitĂ© ne pouvait pas ĂȘtre au rendez-vous. Les dĂ©bats Ă©taient vifs autour des nationalisations et de la politique Ă©conomique. Les maçons Ă©taient de tous les courants et ils ne furent malheureusement pas les derniers lorsque ceux-ci nous donnĂšrent le triste spectacle que lâon sait. Des francs-maçons de lâopposition sâorganisent Ă©galement en groupes fraternels. Le Carrefour de lâAmitiĂ©, de droite, occupe ce crĂ©neau. FrĂ©quentĂ© majoritairement par des membres de la Grande Loge Nationale Française, officiellement apolitique, en rĂ©alitĂ© majoritairement de droite, il sĂ©duit des membres de la Grande Loge de France et du Grand Orient. Jacques Chirac est invitĂ© Ă un des dĂźners-dĂ©bats. Les prises de position publiques du Carrefour suscitent des remous. Les frĂšres du Grand Orient sont invitĂ©s Ă en dĂ©missionner. Les radicaux valoisiens qui ont quittĂ© le parti radical lorsque celui-ci a signĂ© le programme commun de la gauche, ralliĂ©s pour beaucoup Ă ValĂ©ry Giscard dâEstaing, comptent de nombreux frĂšres, dont plus dâun et non des moindres, au Grand Orient. Ils ne sâen cachent pas. Ils auraient pu jouer un rĂŽle politique important dans la recomposition de la droite les annĂ©es suivantes sâils avaient clairement assumĂ© lâhĂ©ritage philosophique du radicalisme. Ce ne fut pas le cas, notamment au moment de la bataille scolaire de 1984, certains de leurs responsables, tel AndrĂ© Rossinot, alors prĂ©sident du parti, manifestant Ă la tĂȘte du cortĂšge en faveur de lâĂ©cole privĂ©e. CĂŽtĂ© RPR, Philippe Dechartre, Jean de PrĂ©aumont, Alain Devaquet, anciens ou futurs ministres, Nicole Nebout, rassemblent quelques barons, des Ă©lus, des diplomates, des journalistes maçons, gaullistes, rĂ©publicains qui sâopposeront Ă la tentation de dĂ©rive de la droite vers son aile extrĂ©miste et Ă toute alliance Ă©lectorale avec le Front National. Ils sont un certain nombre au sein de la chiraquie, membres du Grand Orient mais aussi de la Grande Loge de France, de la Grande Loge fĂ©minine, de la Grande Loge Nationale OpĂ©ra, dont le Grand-MaĂźtre, Bernard BiĂ©try fut un ami personnel et un soutien actif du maire de Paris. On imagine quâils eurent une influence positive lorsque Jacques Chirac, devenu prĂ©sident de la RĂ©publique, et son ministre de lâĂducation Nationale, Luc Ferry, dĂ©cidĂšrent en 2004 de faire interdire le port ostentatoire de signes religieux Ă lâĂ©cole. »
Remplacer un tableau Ă lâeffigie de Colbert par un Pierre Soulages dans les bureaux de Matignon, voilĂ une idĂ©e qui pouvait surprendre en 1962. Pourtant, Georges et Claude Pompidou nâhĂ©sitent pas Ă poser devant la toile tout juste accrochĂ©e, tant lâart reprĂ©sente une raison de vivre du couple. Youla Chapoval, Pierre Paulin, Georges Braque, Nicolas de StaĂ«l, Alberto Giacometti, Maurice BĂ©jart ou mĂȘme Pierre Boulez autant dâartistes apprĂ©ciĂ©s des Ă©poux Pompidou depuis les annĂ©es 1930. Une vitrine originale composĂ©e de la correspondance riche entre Claude et Georges Pompidou et ces artistes renommĂ©s mais aussi dâautres documents tĂ©moins billets, visites dâexposition, photographies etc. seront prĂ©sentĂ©s Ă cette occasion. Le tĂ©moignage dâAlain Pompidou et le commentaire de Bernard BlistĂšne, directeur du centre Pompidou, viendront enrichir la prĂ©sentation de la vitrine. Cette manifestation s'inscrit dans le cadre du cinquantenaire de l'Ă©lection de Georges Pompidou Ă la prĂ©sidence de la RĂ©publique. Elle est organisĂ©e sous le haut patronage de Monsieur Emmanuel Macron, prĂ©sident de la RĂ©publique. HĂŽtel d
1En 2013, lors dâune table ronde au Centre Georges-Pompidou de Paris organisĂ©e dans le cadre des commĂ©morations du centenaire de la naissance de Claude Simon, Maylis de Kerangal confessa ses rĂ©ticences de jeune fille face Ă lâĆuvre dâun Ă©crivain quâelle percevait comme celle dâun classique », car elle Ă©tait enseignĂ©e comme telle Ă lâuniversitĂ©. Or, il nâen fut pas toujours ainsi. Loin sâen faut ! Deux Ă©vĂ©nements possĂšdent une importance extrĂȘme dans la prise en compte par les universitaires dâun Ă©crivain qui fut longtemps considĂ©rĂ© comme un second couteau » du Nouveau Roman lâattribution du prix Nobel de littĂ©rature en 1985 et lâinscription au programme de lâagrĂ©gation de lettres de La Route des Flandres en 1998. 2Pressentant peut-ĂȘtre cette reconnaissance du monde des lettres, jâavais inscrit au mois dâoctobre 1985 ce roman au programme du cours de littĂ©rature contemporaine que je dispensais alors en troisiĂšme annĂ©e de licence Ă lâuniversitĂ© Marien Ngouabi de Brazzaville RĂ©publique Populaire du Congo. Ce roman remplaçait La Modification de Michel Butor qui les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes avait constituĂ© le texte de rĂ©fĂ©rence pour lâĂ©tude du Nouveau Roman. Or, une fois maĂźtrisĂ©e la langue du texte », lâintĂ©rĂȘt des Ă©tudiants sâest rĂ©vĂ©lĂ© trĂšs vif Ă lâendroit dâun ouvrage qui traitait de la guerre, de la dĂ©faite, de lâemprisonnement, au travers dâune Ă©criture Ă la fois brute et rigoureusement travaillĂ©e. La modification du trajet impulsĂ© Ă son existence par LĂ©on Delmont lors de son pĂ©riple ferroviaire nâavait prĂ©alablement que peu sollicitĂ© leur attention. Lâerrance des cavaliers dans les paysages dĂ©vastĂ©s par la guerre possĂ©dait selon eux une dimension universelle qui excĂ©dait toute rĂ©fĂ©rence historique et gĂ©ographique prĂ©cise. Et, les lecteurs quâils Ă©taient par ailleurs des livres dâHenri Lopes et de Tchicaya U Tamâsi retrouvaient dans le texte de Simon la mĂȘme Ă©criture fragmentĂ©e, Ă©ruptive et ironique. Cette rĂ©action dĂ©montrait quâau-delĂ de son inscription dans la mouvance du Nouveau Roman, lâĆuvre possĂ©dait une identitĂ© littĂ©raire susceptible de toucher un large public. 3Une autre expĂ©rience dans le contexte universitaire africain mĂ©rite dâĂȘtre ici rapportĂ©e. Ă lâuniversitĂ© de Bujumbura Burundi, afin de rĂ©flĂ©chir sur lâhistoire immĂ©diate du pays Ă travers divers textes de la littĂ©rature française, jâavais construit en 1991 un cours consacrĂ© Ă la reprĂ©sentation de la guerre civile qui comprenait Les Tragiques dâAgrippa dâAubignĂ©, LâEspoir dâAndrĂ© Malraux, Le Palace de Claude Simon et La ParenthĂšse de sang de Sony Labou Tansi. En aoĂ»t 1988, dans les communes de Ntega et Marangara situĂ©es au nord du pays, avait Ă©tĂ© perpĂ©trĂ© un terrible massacre qui sâĂ©tait soldĂ© par la mort de 150 000 Hutus. Il sâagissait donc de comprendre lâincomprĂ©hensible en Ă©tudiant les stratĂ©gies discursives auxquelles recourent les Ćuvres littĂ©raires afin dâexprimer lâineffable. Le texte de Simon prĂ©sentait la difficultĂ© de reprĂ©senter la guerre civile Ă lâintĂ©rieur de la guerre civile, en lâoccurrence les exactions commises par les communistes Ă lâencontre des trotskistes et des anarchistes. NĂ©anmoins, la part dĂ©volue par le roman Ă lâimplicite, au non-dit et surtout au refus de confĂ©rer quelque sens que ce soit Ă lâHistoire constituait selon les Ă©tudiants le langage par excellence de la violence irraisonnĂ©e qui se dĂ©chaĂźne Ă lâoccasion de ces guerres intestines. 4En 1999, Ă lâuniversitĂ© de Provence, dans le programme dâun cours consacrĂ© au roman de guerre, jâavais inscrit LâAcacia, qui, au terme dâun parcours distinguant les textes traitant du premier et du second conflit mondial, les associait sous la forme dâun long rĂ©cit de guerre dont les circonstances historiques nâoccultaient pas le caractĂšre monstrueux que possĂ©dait par et en lui-mĂȘme le phĂ©nomĂšne. Lâinvestissement autobiographique propre au roman intĂ©ressa tout particuliĂšrement les Ă©tudiants qui, contrairement aux autres Ćuvres du corpus, les plaçait en prĂ©sence non dâun combattant, mais dâun homme dont la guerre constitua lâune des Ă©preuves cruciales que lui infligea la vie. ParallĂšlement Ă ce cours destinĂ© aux Ă©tudiants de premiĂšre annĂ©e de licence, un autre enseignement proposĂ© aux Ă©tudiants de deuxiĂšme annĂ©e de licence traitait des reprĂ©sentations romanesques de la jalousie. Parmi les Ćuvres du programme figurait La Bataille de Pharsale. Le motif de la jalousie nâĂ©tant pas ostensible comme il lâest par exemple dans Un amour de Swann ou La PrisonniĂšre, les Ă©tudiants furent profondĂ©ment dĂ©concertĂ©s par la singularitĂ© du texte. La mise en place de la grammaire scripturale Ă laquelle procĂšdent les trois parties du roman leur parut absconse, les enjeux du motif de la jalousie Ă lâintĂ©rieur du tissu textuel leur apparurent incomprĂ©hensibles et son Ă©criture illisible. Ils tĂ©moignĂšrent de leur seul attrait pour la matiĂšre guerriĂšre de la fiction. Que la bataille de Pharsale puisse ĂȘtre une mĂ©taphore de la jalousie les laissa profondĂ©ment sceptiques. 5De 1999 Ă 2017, sous diverses formes, jâai consacrĂ© un cours au roman contemporain, qui chaque fois accordait une importance majeure Ă la mouvance du Nouveau Roman. Jâai dans ce cadre Ă©tudiĂ© en compagnie des Ă©tudiants tour Ă tour les principaux romans de Claude Simon, en mâefforçant de dĂ©montrer que si, indĂ©niablement, lâĆuvre du romancier sâinscrivait dans le cadre spĂ©cifique de ce mouvement esthĂ©tique, elle possĂ©dait tout aussi indubitablement son identitĂ© propre, ce qui autorisait Ă lâapprĂ©hender en dehors de toute rĂ©fĂ©rence collective. Dans le contexte dâun cours, puis dâun sĂ©minaire consacrĂ© au phĂ©nomĂšne contemporain de la réécriture et de lâintertextualitĂ©, nous avons Ă©tudiĂ© la spĂ©cificitĂ© de lâhĂ©ritage proustien inscrite au cĆur de lâĆuvre ainsi que les innombrables insertions hypertextuelles dâĆuvres littĂ©raires et picturales qui Ă©maillent les textes. Câest ainsi que progressivement Claude Simon sâest imposĂ© comme lâun des maillons majeurs au sein du processus qui durant le dernier quart du xxe siĂšcle a conduit le roman du modernisme vers le postmodernisme. Les Ă©tudes successives de LâHerbe, dâHistoire, de Triptyque, des GĂ©orgiques et du Tramway ont convaincu les Ă©tudiants de lâefficience que possĂšde dans son Ćuvre le protocole scriptural quâil a mis en place roman aprĂšs roman pour reprĂ©senter conjointement le moi et le monde, lâhistoire dans lâHistoire, lâacte crĂ©ateur Ă lâintĂ©rieur mĂȘme de la crĂ©ation. 6Lors de lâannĂ©e universitaire 2017-2018, deux romans de Claude Simon figuraient dans des programmes qui ne privilĂ©giaient pas lâun des axes spĂ©cifiques de son Ćuvre. Ainsi, Le Vent Ă©tait analysĂ© selon une approche typologique, la spĂ©cificitĂ© de lâindividu face au corps social et Le Tramway relativement Ă une perspective gĂ©nĂ©rique, celle du rĂ©cit dâenfance. Les stratĂ©gies scripturales du romancier ne reprĂ©sentaient plus lâenjeu de lâĂ©tude, mais, confrontĂ©es Ă celles radicalement diffĂ©rentes dâautres Ă©crivains contemporains, elles rĂ©vĂ©laient leur irrĂ©ductible singularitĂ©, fondatrice dâun univers littĂ©raire Ă nul autre semblable. Aussi, par un effet en soi paradoxal, câest en banalisant » lâĆuvre que je parvins Ă en faire reconnaĂźtre lâinfinie richesse par ces Ă©tudiants de premiĂšre annĂ©e de licence. 7Il nâen demeure pas moins que chaque fois la supposĂ©e difficultĂ© de lâĆuvre simonienne resurgit dans lâesprit des Ă©tudiants au moment oĂč ils se consacrent Ă leurs travaux de recherche. Parfois, lâun me propose de rĂ©diger un mĂ©moire de master sur tel ou tel aspect de cette Ćuvre, mais le projet ne dĂ©passe pas le stade de la vellĂ©itĂ©. Cette annĂ©e encore, un Ă©tudiant en master sâest proposĂ© dâĂ©tudier les reprĂ©sentations de lâĂ©rotisme Ă lâintĂ©rieur de lâĆuvre, en prĂ©cisant quâil avait lâintention de mener sa rĂ©flexion sur le sujet jusquâĂ la thĂšse de doctorat. Il reste Ă souhaiter que lâampleur de la tĂąche ne le conduise pas au dĂ©couragement, que le classicisme » de lâĂ©crivain nâestompe pas lâenthousiasme initial en rĂ©duisant son travail de recherche Ă un fastidieux exercice acadĂ©mique. En attendant, pour la seconde annĂ©e consĂ©cutive, LâAcacia se trouve au programme de littĂ©rature comparĂ©e Ă lâagrĂ©gation de lettres. Nouvelle opportunitĂ© de traiter de lâune des Ćuvres maĂźtresses de lâĂ©crivain face Ă un public qui peut-ĂȘtre le connaĂźt mal. Mais aussi nĂ©cessitĂ© de reconnaĂźtre que dĂ©cidĂ©ment le texte simonien est devenu lâapanage de lâinstitution universitaire. Ainsi, ce qui apparaissait en 1985 puis en 1998 comme lâexpression dâune reconnaissance salutaire peut en 2018 sonner le glas du plaisir du texte, seule garantie valide de la survie dâune Ćuvre. Et, cette annĂ©e, les romans de Claude Simon ne sont prĂ©sents dans aucun de mes programmes de cours. ManiĂšre bien Ă©videmment dâen parler ailleurs et autrement.
Nous sommes le 31 dĂ©cembre 1957. Il est 22 heures. Un coursier sonne Ă la porte de Maurice et Claude Hersaint, alors quâils sont sur le dĂ©part pour prendre un train de nuit. Ă cette heure tardive et Ă leur grande surprise, le coursier leur remet, de la part dâĂscar DomĂnguez, un petit paquet contenant un dessin encadrĂ©[1]. Le dessin reprĂ©sente une femme nue aux gros seins et Ă tĂȘte dâoiseau, avec une fleur Ă la main et une feuille au bec. Cette sorte de faune de la Saint Sylvestre est dĂ©diĂ© en ces termes au collectionneur Maurice Hersaint pour mon trĂšs cher Hersa[i]nt avec le souvenir de lâavenir / DomĂnguez ». DomĂnguez qui a crayonnĂ© ces mots le 31 dĂ©cembre 1957, quelques heures avant de se donner la mort, nâa fait que constater, au tournant de lâannĂ©e nouvelle, et avec un certain humour, que lâavenir nâĂ©tait plus pour lui quâun souvenir. Rivalisant avec lâhumour dâun Jean-François Lacenaire en marche vers la guillotine, le peintre canarien a ainsi renouĂ© avec lâesprit de son ex-ami AndrĂ© Breton dont il avait rĂ©alisĂ© jadis la couverture du tirage de tĂȘte de lâAnthologie de lâhumour noir. Mais si lâexpression le souvenir de lâavenir » a pu paraĂźtre ironique et terrible Ă lâhomme DomĂnguez se prĂ©parant au suicide, la formule Ă©tait nĂ©anmoins familiĂšre au peintre natif de Tenerife, qui ne pouvait pas ne pas se souvenir de deux de ses Ćuvres majeures de 1938, Ă savoir, le dessin Le Souvenir de lâavenir publiĂ© dans le recueil Trajectoire du rĂȘve, et la toile Souvenir de lâavenir, une des premiĂšres manifestations de sa peinture lithochronique. Le dessin et la toile Examinons dâabord le dessin Le Souvenir de lâavenir. Tandis quâun cygne se profile Ă lâhorizon, on dĂ©couvre au premier plan une sorte de meuble incurvĂ© et oblong, surmontĂ© dâun phonographe Ă pavillon et servant de piĂ©destal Ă une crĂ©ature mi-femme mi-cygne, dont la robe Ă©pouse exactement la forme dâun pavillon de gramophone. Or si nous combinons en pensĂ©e dâune part le phonographe Ă pavillon et dâautre part la crĂ©ature fĂ©minine Ă la robe Ă©vasĂ©e dâoĂč Ă©mergent dâun cĂŽtĂ© deux pieds cambrĂ©s et de lâautre un bras coudĂ©, on obtient trĂšs exactement le fameux objet de DomĂnguez intitulĂ© Jamais reprĂ©sentant les pieds chaussĂ©s de talons aiguilles dâune femme happĂ©e par un pavillon de gramophone et dont une main nĂ©anmoins ressort par le conduit Ă©troit du pavillon pour remplir la fonction dâun bras de phonographe frĂŽlant les seins et le ventre dâun plateau en rotation. Proposons une lecture sonore du dessin et de lâobjet. Commençons par le dessin, oĂč coexistent un phonographe en Ă©tat de marche et une femme-cygne en position de danseuse. Ne pourrait-on pas dire, vu le cygne au fond du dessin, quâest mis en scĂšne ici le fabuleux chant du cygne, du doux et merveilleux chant que le cygne ferait entendre avant de mourir ? Le titre du dessin, Le Souvenir de lâavenir, aurait alors un sens prĂ©monitoire. Il annoncerait la mort imminente de la ballerine ou de la femme-cygne. Mais dĂšs que lâon passe Ă lâobjet, il nây a plus de doute, la mort est Ă lâĆuvre. La femme aux talons aiguilles est bel et bien absorbĂ©e par le pavillon du gramophone. Comme elle fait corps avec lâinstrument, on peut Ă nouveau parler de chant du cygne. Nâest-ce pas, pour DomĂnguez, mais aussi pour nous, quâun phonographe fait entendre, ou fait mĂȘme vibrer, les accents de la vie, dans les sillons de la mort ? Quant au titre de lâobjet, Jamais, il a beau sonner comme un refus de la mort, il finit par dĂ©signer ce que prĂ©cisĂ©ment il veut dĂ©nier, câest-Ă -dire lâinstance de la mort emportant ou ravissant la frĂȘle et exquise danseuse. En cette mĂȘme annĂ©e 1938, oĂč lâobjet Jamais est prĂ©sentĂ© Ă lâexposition internationale du surrĂ©alisme de la galerie des Beaux-Arts et oĂč le dessin Le Souvenir de lâavenir paraĂźt dans le recueil Trajectoire du rĂȘve dâAndrĂ© Breton, DomĂnguez peint Souvenir de lâavenir, un de ses premiers tableaux lithochroniques. Le dessin et la toile ont beau avoir le mĂȘme titre, ils nâont pas le mĂȘme motif. En effet, nulle trace de personnage da ns la toile Souvenir de lâavenir, hormis une machine Ă Ă©crire aux touches Ă©chevelĂ©es, modeste artefact perdu dans un vaste paysage minĂ©ral oĂč les plissements gĂ©ologiques du relief le disputent Ă dâinfranchissables failles. Quand il peint cette toile, Ăscar DomĂnguez commence Ă prendre conscience de la minĂ©ralisation du temps, du concept de peinture ou de sculpture lithochronique quâil dĂ©veloppera bientĂŽt avec Ernesto SĂĄbato. Le titre du tableau, Souvenir de lâavenir, tĂ©moigne que le peintre nĂ© Ă La Laguna a la ferme intention de batailler avec le temps. Mais tandis que le dessin Le Souvenir de lâavenir et lâobjet Jamais, qui en est lâillustration concrĂšte, magnifiaient lâimage onirique du chant du cygne ou de la femme qui disparaĂźt, la toile Souvenir de lâavenir qui met Ă nu les strates gĂ©ologiques du relief et pĂ©trifie mĂȘme un nuage, entend moins figurer le temps par une image fulgurante quâembrasser sa notion et en indiquer les linĂ©aments. Mais, dans le paysage minĂ©ral et dĂ©solĂ© du tableau, la petite machine Ă Ă©crire aux touches dĂ©glinguĂ©es ne passe pas inaperçue. On dĂ©couvre en effet, et cela pourrait nous faire remonter jusquâaux futuristes, que la machine Ă Ă©crire comme le phonographe sont des capteurs ou des intercesseurs du temps. Il semblerait, par exemple, que la feuille de papier enroulĂ©e sur la machine Ă Ă©crire de Souvenir de lâavenir pourrait comporter quelque message dactylographiĂ© et pourquoi pas quelque confession Ă portĂ©e testamentaire. Le souvenir du futur En 1938, il y a un avis de tempĂȘte pour DomĂnguez. La guerre en Espagne le tient plus que jamais Ă©loignĂ© de Tenerife. Il a une grande part de responsabilitĂ© dans lâaccident qui vaut Ă Victor Brauner la perte dâun Ćil. Et, bien entendu, les menaces de dĂ©flagration qui pĂšsent sur lâEurope nâont aucune raison dâĂ©pargner la France. Tout cela contribue Ă une interrogation ardente sur le passĂ©, le prĂ©sent et le futur. Mais comment expliquer, plus prĂ©cisĂ©ment, que DomĂnguez ait fait sienne lâexpression souvenir de lâavenir » ? En fait, le fameux rĂȘve dâAndrĂ© Breton du 7 fĂ©vrier 1937 oĂč le peintre de Tenerife fait surgir de sa toile des lions fellateurs peut nous mettre sur la piste. En effet, quand le peintre de La Laguna anime dâabord sa toile en nouant des arbres, quâil transforme ensuite en lions fellateurs, pour faire jaillir enfin une aurore borĂ©ale, il produit certes du mouvement, mais, mieux encore, il rĂ©alise, tel un cinĂ©aste, lâĂ©quivalent dâune durĂ©e filmique. Pour tout dire, Breton dĂ©couvre en DomĂnguez un peintre du temps, et qui plus est, un peintre orgiaque et cosmique. Et comme de surcroĂźt, Breton accorde au rĂȘve, tout au moins sur le plan thĂ©orique, une valeur prĂ©monitoire, on peut penser que cela engage DomĂnguez, en particulier aux yeux de Breton, Ă devenir un voyant du temps. Mais que DomĂnguez devienne un guetteur ou un voyant du temps, cela nâa rien dâĂ©tonnant, si lâon songe que le surrĂ©alisme ne poursuit rien dâautre que le hasard objectif ou la magnĂ©tisation des durĂ©es. Ă cet Ă©gard, il faut examiner de prĂšs le frontispice de lâĂ©dition de 1927 de lâIntroduction au discours sur le peu de rĂ©alitĂ©, un frontispice reproduisant une page autographe dâAndrĂ© Breton. Durant lâhiver 1924-1925, lâauteur de lâIntroduction au discours sur le peu de rĂ©alitĂ© avait jetĂ© sur le papier les concepts philosophiques de ce quâil faut bien appeler le temps sans fil surrĂ©aliste. Or, en bas de cette page manuscrite, qui tient Ă la fois du plan et du brouillon, on voit apparaĂźtre lâexpression Le souvenir du futur », qui est lâĂ©quivalent exact de la formule Le souvenir de lâavenir », que DomĂnguez utilisera Ă deux reprises en 1938. Lâimportant nâest pas de savoir si, oui ou non, Breton a soufflĂ© Ă DomĂnguez le titre Le Souvenir de lâavenir, mais de constater quâil y a de la part de DomĂnguez comme de Breton un vĂ©ritable attrait pour la notion de temps. DĂšs lors, il faut se pencher sĂ©rieusement sur la partie du frontispice oĂč figure lâexpression Le souvenir du futur », une formulation que Breton a dâailleurs tenu Ă souligner. Voyons la premiĂšre phrase de ce quâil faut dĂ©signer comme la quatriĂšme partie du frontispice. Cette phrase est composĂ©e dâun Ă©noncĂ© suivi dâune parenthĂšse Je me souviens la part de ce que lâon mâon accordera que jâinvente dans ce dont je me souviens ». On le voit, pour AndrĂ© Breton, la mĂ©moire est sujette Ă caution. Il y a dans la remĂ©moration du passĂ© une part qui est authentique, vĂ©ridique ou fidĂšle, mais il y a aussi une part de pure fabulation dans les souvenirs, comme si lâimagination sâinvitait au festin des Ă©vĂ©nements passĂ©s ou rĂ©volus. Câest donc aprĂšs avoir notĂ© cette phrase sur le souvenir proprement dit, un souvenir qui est autant une imagination du passĂ© quâune mĂ©moire du passĂ©, que Breton lui adjoint lâexpression audacieuse de souvenir du futur ». Une expression audacieuse, qui rĂ©sulte dâune simple symĂ©trie dans la pensĂ©e de Breton. En effet, de mĂȘme que lâimagination vient troubler lâĂ©vocation du passĂ©, la mĂ©moire Ă son tour vient hanter les contrĂ©es du futur. DĂšs lors, Breton est Ă mĂȘme de distinguer les trois types dâanticipations qui incarnent Ă merveille le souvenir du futur, Ă savoir, les promesses, les prophĂ©ties et les antĂ©cĂ©dents. En qui concerne les promesses, Breton affirme quâelles seront tenues ou non », tout en ajoutant, dans une parenthĂšse, quâelles seront forcĂ©ment tenues ». Dans quelle mesure sommes-nous amenĂ©s Ă tenir nos promesses ? Sous quel angle aborder les promesses ? Faut-il y voir des engagements moraux ou des vecteurs du temps ? Et surtout, que veut dire Breton, quand il Ă©crit que les promesses seront forcĂ©ment tenues ? Ă notre sens, Breton suggĂšre que lâenjeu de la promesse nâest pas moral mais temporel. Je ne tiens pas ma promesse par devoir ou par obligation. Je tiens ma promesse parce que ma mĂ©moire anticipatrice fait de la promesse un souvenir dĂ©jĂ inscrit dans le devenir, bref un souvenir du futur. Une vraie promesse nâest pas faite en lâair. Câest le premier exercice dâune crĂ©ation patiente ou continuĂ©e. En ce qui concerne les prophĂ©ties, Breton note Les prophĂ©ties rĂ©alisĂ©es ou non », suivi de la parenthĂšse forcĂ©ment rĂ©alisĂ©es ». Une fois de plus, quâest-ce qui incline AndrĂ© Breton Ă dĂ©clarer que les prophĂ©ties seront forcĂ©ment rĂ©alisĂ©es », alors quâil sait pertinemment que nombre de prophĂ©ties ont Ă©tĂ© dĂ©menties ? Ă ses yeux, les prophĂ©ties se rĂ©aliseront nĂ©cessairement, non en raison dâune prescience ou dâune excellence dans la prĂ©vision mais en vertu dâune voyance ou dâun souvenir de lâavenir. La prophĂ©tie est le deuxiĂšme cas de figure de lâintuition dâune durĂ©e. Enfin, pour ce qui est des antĂ©cĂ©dents, Breton couche sur le papier cet Ă©noncĂ© purement nietzschĂ©en Les antĂ©cĂ©dents, ce qui mâannonce et ce que jâannonce. » Le concept de souvenir du futur prend ici son plein essor. De mĂȘme quâil y avait des prĂ©dĂ©cesseurs attendant la venue dâAndrĂ© Breton et comptant sur lui, Breton a lui-mĂȘme des successeurs et non des disciples, dĂ©jĂ inscrits sur les tablettes du futur. Comment dire ? Dâun cĂŽtĂ©, on songe Ă Spinoza et Ă Diderot, car ce qui advient, dans la sĂ©rie des antĂ©cĂ©dents et des consĂ©quents, câest la persĂ©vĂ©ration ou la perpĂ©tuation fatale dâun dĂ©sir, et dâun autre cĂŽtĂ© on pense Ă Bergson et Ă Nietzsche, car ce qui survenait hier et retentira demain, câest lâintuition dâune durĂ©e ou la crĂ©ation intempestive dâune flopĂ©e dâĂ©vĂ©nements. Il nous faut mentionner maintenant la derniĂšre ligne du frontispice, qui sâinscrit juste aprĂšs les Ă©noncĂ©s relatifs au souvenir du futur. Breton conclut par ces deux formules NĂ©gation de la mort. Lâinsuffisance religieuse. » Remarquons dâabord que Breton, en prĂŽnant la nĂ©gation de la mort, ne fait que se conformer au sixiĂšme et dernier secret de lâart magique surrĂ©aliste, rĂ©vĂ©lĂ© peu auparavant dans le Manifeste du surrĂ©alisme et qui a pour titre Contre la mort ». Ă elles seules, les expressions NĂ©gation de la mort » du frontispice et Contre la mort » du Manifeste du surrĂ©alisme, nous font sentir que la pensĂ©e surrĂ©aliste est une spĂ©culation sur le temps qui nâest pas arrimĂ©e Ă la mort, contrairement Ă la pensĂ©e de Pascal et de Kierkegaard ou celle Ă venir de Heidegger. Il y a nĂ©anmoins une mort qui taraude les surrĂ©alistes, câest le suicide, câest la mort volontaire. Elle fait dâailleurs lâobjet, exactement Ă lâĂ©poque qui nous occupe, dâune enquĂȘte dans La RĂ©volution surrĂ©aliste Le suicide est-il une solution ? ». Remarquons ensuite, mais fort briĂšvement, dâune part, que le sixiĂšme secret de lâart magique surrĂ©aliste intitulĂ© Contre la mort » sera suivi en 1936 dâun septiĂšme secret quâAndrĂ© Breton consacrera Ă la dĂ©calcomanie sans objet prĂ©conçu » inventĂ©e par DomĂnguez, septiĂšme secret quâil intitulera Pour ouvrir Ă volontĂ© sa fenĂȘtre sur les plus beaux paysages du monde et dâailleurs », et dâautre part que le Contre la mort » du Manifeste du surrĂ©alisme est insĂ©parable du frontispice de lâIntroduction au discours sur le peu de rĂ©alitĂ©. Relisons le dĂ©but de Contre la mort » Le surrĂ©alisme vous introduira dans la mort qui est une sociĂ©tĂ© secrĂšte. Il gantera votre main, y ensevelissant lâM profond par lequel commence le mot MĂ©moire. » Il sâagit ici, non pas dâignorer la mort mais de la subvertir. Lâart magique surrĂ©aliste prĂ©conise dâenfiler un gant pour se garder de la mort et y enfouir la mĂ©moire. Cette main surrĂ©aliste, qui nâest pas une main amie de la mort, câest la main rouge de LâĂnigme de la fatalitĂ©, le tableau triangulaire de Giorgio de Chirico acquis par AndrĂ© Breton[2]. Ou bien, dans le Destin du poĂšte, autre toile de Chirico, câest la main noire surplombant un livre et un Ćuf. Mieux encore, dans Le Chant de lâamour, câest le gant en caoutchouc rose, un gant de sage-femme, qui autorise Giorgio de Chirico Ă cĂ©lĂ©brer sa propre naissance. En somme, quand un surrĂ©aliste prend en main son destin, il coffre sa mĂ©moire et dĂ©livre son imagination. Il peut ouvrir ainsi la voie aux souvenirs du futur. Si lâon nâĂ©tait pas convaincu que Breton invoque la peinture mĂ©taphysique de Chirico pour mieux affronter la fatalitĂ© et la mort, il suffirait de lire la suite du sixiĂšme secret de lâart magique surrĂ©aliste Ne manquez pas de prendre dâheureuses dispositions testamentaires je demande pour ma part, Ă ĂȘtre conduit au cimetiĂšre dans une voiture de dĂ©mĂ©nagement. » Que dire dâautre, sinon que Breton songe Ă la voiture jaune de dĂ©mĂ©nagement que Chirico a peinte dans LâAngoisse du dĂ©part ou dans LâĂnigme dâune journĂ©e ou encore dans MystĂšre et mĂ©lancolie dâune rue. En fait, Giorgio de Chirico, qui Ă©tait hantĂ© par le sĂ©jour et lâeffondrement de Nietzsche Ă Turin, a fait de la peinture un art de divination, un art hallucinatoire requĂ©rant tantĂŽt un gant chirurgical tantĂŽt une voiture de dĂ©mĂ©nagement. Citons enfin la seconde disposition testamentaire Que mes amis dĂ©truisent jusquâau dernier exemplaire lâĂ©dition du Discours sur le peu de rĂ©alitĂ©. » VoilĂ un cas emblĂ©matique de souvenir du futur. Alors que Breton publie, en mars 1925 puis en juin 1927, lâIntroduction au discours sur le peu de rĂ©alitĂ©, il nâĂ©crira pourtant pas le Discours sur le peu de rĂ©alitĂ©, dont il a annoncĂ© la parution[3], mais dont il a aussi prĂ©vu lâannihilation de lâĂ©dition. Breton a-t-il sabordĂ© lâĂ©criture du Discours sur le peu de rĂ©alitĂ© pour annuler la disposition testamentaire sur la destruction de lâĂ©dition, ou tout au contraire, sâest-il abstenu dâĂ©crire lâouvrage, procĂ©dant ainsi Ă son effacement et facilitant Ă coup sĂ»r la disposition testamentaire ? Dans les deux cas, il y a un retentissement dans le futur du projet initial de destruction. Câest cela mĂȘme un souvenir du futur. Le Discours sur le peu de rĂ©alitĂ©, comme son titre lâindique, est un livre mort-nĂ© que Breton, Ă sa mort, a emportĂ© dans une voiture de dĂ©mĂ©nagement. Marie-Louise, la suicidĂ©e RĂ©capitulons notre parcours. Avant de se suicider, Ăscar DomĂnguez a dessinĂ© une sorte dâautoportrait mi-femme mi-faune. Un dessin dĂ©diĂ© Ă Maurice Hersaint et portant comme mention avec le souvenir de lâavenir ». Or en 1937-1938, DomĂnguez avait conçu lâobjet surrĂ©aliste Jamais montrant une femme plongeant dans un pavillon de gramophone et un dessin apparentĂ© intitulĂ© Le Souvenir de lâavenir, Ă quoi venait sâajouter la toile Souvenir de lâavenir dont la prĂ©occupation lithochronique Ă©tait patente. Il nous a alors semblĂ© bon de rappeler que vers 1925 Breton avait analysĂ© le concept de souvenir du futur » dans une page autographe servant de frontispice Ă lâIntroduction au discours sur le peu de rĂ©alitĂ©. Et nous avons pu Ă©voquer Ă cette occasion deux dispositions testamentaires dâAndrĂ© Breton. Il nous faut Ă prĂ©sent mettre sur le tapis un dessin de DomĂnguez de 1942, quâil faut bien appeler La SuicidĂ©e[4]. Le dessin est dĂ©diĂ© Ă Gilbert Senecaut, un poĂšte belge qui publie, la mĂȘme annĂ©e, sa premiĂšre plaquette intitulĂ©e LâĂrection expĂ©rimentale[5] Pour Senecaut / Souvenir de / DomĂnguez / Paris 42 ». Au premier plan et comme prise en plongĂ©e par une camĂ©ra, se tient en Ă©quilibre instable sur le rebord dâun toit de terrasse une femme nue aux seins multiples. Lâinscription LA SUICIDĂE » tracĂ©e sur le pignon de lâimmeuble attenant, ainsi quâune flĂšche prĂ©figurant le sens de la chute, ne nous cĂšle rien sur le sort de cette femme qui ne manquera pas de choir, deux Ă©tages plus bas, sur le pavĂ© de la rue. Cette reprĂ©sentation dâune suicidĂ©e dans un dessin de DomĂnguez pourrait paraĂźtre fortuite si le peintre canarien nâavait justement mentionnĂ© le suicide dâune femme Ă la fin de La pĂ©trification du temps », dont la publication est contemporaine du dessin. Relisons le dernier paragraphe du texte fondateur de la peinture ou de la sculpture lithochronique Le hasard objectif sera un Ă©lĂ©ment trĂšs important dans le choix des Ă©lĂ©ments Ă superposer. Les Ă©tranges langoustes empaillĂ©es, les fossiles, les coquillages, les Ă©lĂ©phants bourrĂ©s de crins, etc. attendent avec la plus vive angoisse que les mains du poĂšte viennent les livrer Ă lâespace, cet espace oĂč Marie-Louise a laissĂ© Ă tout jamais la surface lithochronique authentiquement convulsive de son suicide, le jour oĂč elle se jeta dans le vide du dernier Ă©tage de la grande tour[6]. » Il nây a pas de doute, le dessin La SuicidĂ©e semble vouloir illustrer le suicide de Marie-Louise se jetant dans le vide depuis la terrasse dâune maison ou du haut dâune tour[7]. On est tentĂ© de lire ces lignes conclusives, concrĂštes et abruptes, sur la dĂ©marche lithochronique de deux façons. Ou bien le procĂ©dĂ© lithochronique exige que le poĂšte, le peintre ou le sculpteur projette un objet, par exemple des langoustes empaillĂ©es, dans le vide de la rue, du haut dâune fenĂȘtre jusquâau bas de lâimmeuble, dans cet espace marquĂ© Ă jamais par le suicide de Marie-Louise[8]. Ou bien, si le terme de Marie-Louise dĂ©signait plutĂŽt cette large bordure en carton utilisĂ©e par les encadreurs pour un dessin ou une gouache, alors la Marie-Louise serait la surface lithochronique par excellence, cette surface enveloppante oĂč viendraient sâabĂźmer ou mourir les crĂ©atures les plus vivantes comme les objets les plus surannĂ©s. En fait, câest dans le n° 10 de Minotaure, datĂ© Hiver 1937 », que DomĂnguez a dĂ©couvert un bois de Posada intitulĂ© Marie-Louise, la suicidĂ©e, le graveur mexicain ayant saisi au vol, dans un dĂ©cor de cathĂ©drale monumentale, la frĂȘle silhouette dâune femme plongeant dans le vide. La gravure de Posada, La Suicida MarĂa-Luisa, relate le suicide de SofĂa Ahumada, une jeune ouvriĂšre de vingt ans, nerveuse et suicidaire, qui dans la matinĂ©e du 31 mai 1899, se prĂ©cipita dans le vide du haut dâune tour de la cathĂ©drale de Mexico, juste aprĂšs une courte dispute avec son fiancĂ© Bonifacio MartĂnez, lâhorloger de la cathĂ©drale. Le suicide a suffisamment marquĂ© les esprits pour susciter une complainte populaire Ya SofĂa Ahumada muriĂł, Volando de Catedral; ÂĄQuĂ© momento tan fatal; La infelix se suicidĂł! LâĂ©tonnant est que le prĂ©nom de MarĂa-Luisa qui lĂ©gende le bois gravĂ© de Posada semble avoir Ă©tĂ© empruntĂ© Ă un autre suicide survenu aussi Ă Mexico, mais dans la matinĂ©e du 4 dĂ©cembre 1909. MarĂa-Luisa Nocker, une jeune fille de quinze ans, aprĂšs avoir passĂ© une nuit Ă lâhĂŽtel avec Rodolfo Gaona, un cĂ©lĂšbre torĂ©ador, se suicida dâune balle de revolver en rentrant Ă son domicile. Notre propos nâest pas tant de repĂ©rer les signes prĂ©curseurs du suicide de DomĂnguez, que de dĂ©couvrir ce qui se passe entre le peintre qui a conçu lâobjet Jamais, les deux versions du Souvenir de lâavenir et le dessin La SuicidĂ©e, et le poĂšte AndrĂ© Breton qui a eu recours aux concepts de souvenir du futur » et de hasard objectif. Il existe entre eux une vraie complicitĂ©, intellectuelle et affective. Quand le 7 fĂ©vrier 1937 Breton rĂȘve de DomĂnguez en train de peindre, il en fait un dĂ©miurge de la peinture animĂ©e, Ă la fois le dessinateur de vues hallucinatoires et lâopĂ©rateur de plans ou de durĂ©es filmiques. Dans le rĂȘve de Breton, DomĂnguez, lâinventeur de la dĂ©calcomanie sans objet prĂ©conçu, se rĂ©vĂšle ĂȘtre en possession dâun nouveau procĂ©dĂ© automatique enchaĂźnant sur la toile des plans et des Ă©vĂ©nements. Somme toute, serait en germe dĂšs cette date le projet lithochronique, qui irait comme un gant au peintre et Ă la personnalitĂ© dâĂscar DomĂnguez. Dans la nuit du 27 au 28 aoĂ»t 1938, Ăscar DomĂnguez est Ă lâorigine de la blessure accidentelle qui vaut Ă Victor Brauner la perte de lâĆil gauche. Dans LâĆil du peintre », une Ă©tude dĂ©taillĂ©e publiĂ©e dans la derniĂšre livraison de Minotaure, Pierre Mabille rapportera cette Ă©nuclĂ©ation Ă une sĂ©rie de tableaux prĂ©monitoires peints par Victor Brauner. MĂȘme si Mabille nâutilise pas explicitement le concept de Breton, les toiles invoquĂ©es apparaissent comme autant de souvenirs du futur ». Parmi ces toiles, il faudrait dâailleurs faire un sort Ă Paysage mĂ©diterranĂ©en de 1932, oĂč un personnage masculin a lâĆil percĂ© par une tige surmontĂ©e de la lettre D, qui est prĂ©cisĂ©ment lâinitiale de DomĂnguez. De surcroĂźt, si lâon voulait Ă©tablir une parentĂ© entre les tableaux prĂ©monitoires de Brauner et la peinture lithochronique de DomĂnguez, il suffirait de remarquer que la peintre canarien a choisi dâillustrer son texte La pĂ©trification du temps » avec LâEstocade lithochronique, un tableau oĂč lâĂ©pĂ©e fichĂ©e dans la nuque du taureau se signale par une poignĂ©e Ă©carlate Ă©pousant la forme de la lettre D, et pour que personne ne sây trompe, DomĂnguez a tracĂ©, Ă la suite de lâinitiale D, les autres lettres de son patronyme. AprĂšs la guerre, dans une lettre Ă Victor Brauner, Ăscar DomĂnguez emploiera spontanĂ©ment la formule grand souvenir de lâavenir » pour qualifier lâĆuvre et les tableaux prĂ©monitoires dâun peintre dont il avait Ă©tĂ© lui-mĂȘme lâinstrument dâune Ă©nuclĂ©ation fatale Ma visite Ă ton atelier, grand souvenir de lâavenir, et surtout grand soulagement, car on nâest pas tout seul dans le monde[9]. » Revenons Ă la derniĂšre livraison de Minotaure. AndrĂ© Breton y prĂ©sente Souvenir du Mexique », accompagnĂ© de magnifiques photos dâAlvarez Bravo. Une photo cadrant un atelier de cercueils pour enfants est ainsi commentĂ©e par Breton Le rapport de la lumiĂšre Ă lâombre, de la pile de boĂźtes Ă lâĂ©chelle et Ă la grille et lâimage poĂ©tiquement Ă©clatante obtenue par lâintroduction du pavillon de phonographe dans le cercueil infĂ©rieur sont supĂ©rieurement Ă©vocateurs de lâatmosphĂšre sensible dans laquelle baigne tout le pays. » DĂ©cidĂ©ment, le pavillon de gramophone peut convoquer la mort. Au Mexique, le photographe Alvarez Bravo dispose un pavillon dans un cercueil dâenfant. Tandis quâĂ Paris, le peintre DomĂnguez fait entendre, aussi bien dans lâobjet Jamais que dans le dessin Le Souvenir de lâavenir, le chant du cygne dâune femme plongeant dans un pavillon de phonographe. La bifurcation de Marseille NĂ© le 8 dĂ©cembre 1902 Ă Sagua la Grande, Wifredo Lam, qui est aussi prĂ©nommĂ© Oscar de la Concepcion, passe son enfance et sa jeunesse Ă Cuba. Il vivra quinze ans de sa vie dâadulte surtout Ă Madrid puis quittera lâEspagne au printemps 1938 pour rejoindre Paris. Ce sera la rencontre coup de foudre » avec Picasso qui reconnaĂźtra et intronisera Wifredo Lam comme peintre. Outre sa connivence avec Picasso, Lam se sentira vite Ă lâaise parmi les surrĂ©alistes. Il y a incontestablement un parallĂšle Ă faire entre Wifredo Lam et Ăscar DomĂnguez, qui, nĂ© Ă La Laguna le 7 janvier 1906, quittera aussi son Ăźle lointaine, et rĂ©sidera, Ă partir de 1929, beaucoup plus Ă Paris quâaux Canaries. EntrĂ© dans le groupe surrĂ©aliste en septembre 1934, lâinventeur de la dĂ©calcomanie du dĂ©sir aura des relations privilĂ©giĂ©es avec AndrĂ© Breton. Justement, câest Ă Marseille, durant lâhiver 1940-1941, quâon mesure le mieux Ă quel point le surrĂ©aliste canarien est proche de Breton et Ă quel point le peintre cubain se sent devenir surrĂ©aliste. Au printemps 1940, DomĂnguez est chargĂ© de la couverture du tirage de tĂȘte de lâAnthologie de lâhumour noir. Au dĂ©but de 1941, il revient Ă Wifredo Lam dâillustrer le poĂšme Fata Morgana. Le plus surprenant est que Lam se saisit de lâoccasion pour dessiner dâune toute nouvelle maniĂšre, vĂ©ritable point de dĂ©part de son imaginaire et de son art surrĂ©aliste. De plus, DomĂnguez et Lam participent Ă la refondation du jeu de cartes, rebaptisĂ© par les surrĂ©alistes jeu de Marseille. Le sort a voulu que les peintres natifs de lâĂźle de Tenerife et de lâĂźle de Cuba aient eu Ă dessiner les quatre Ă©toiles noires du RĂȘve lâAs et le Mage Freud pour DomĂnguez, le GĂ©nie LautrĂ©amont et la SirĂšne Alice pour Lam. Et lâĂ©tonnant, lĂ encore, est que cette expĂ©rience est dĂ©cisive pour Lam. Car on pressent, dans la carte LautrĂ©amont, la jungle foisonnante, et dans la carte Alice, la femme-cheval en transe, deux des visions typiques de la peinture Ă venir de Lam. Au fond, sachant quâĂ Marseille, en 1941, les deux exilĂ©s DomĂnguez et Lam sont au cĆur du groupe surrĂ©aliste, il faut nous interroger sur leur destin respectif. Pourquoi le premier sort-il du circuit surrĂ©aliste Ă la LibĂ©ration et doute-t-il plus que jamais de lui-mĂȘme pendant les annĂ©es cinquante ? Pourquoi, au contraire, le second reste-t-il liĂ© au groupe et continue-t-il Ă croire en sa bonne Ă©toile ? Le retour pour Lam au pays natal, sur une terre Ă©pargnĂ©e par la guerre mondiale nâexplique pas Ă lui seul lâextraordinaire fĂ©conditĂ© de la peinture de Lam en 1942 et 1943. En ce qui concerne DomĂnguez, rien ne lâempĂȘchait, en sâĂ©loignant de Breton, de creuser son propre sillon et de continuer Ă affirmer sa singularitĂ©. On pourrait aborder le problĂšme sous un autre angle. Dans un premier temps, Picasso a Ă©tĂ© pour Lam un modĂšle indĂ©passable. Ensuite, Picasso a adoubĂ© son neveu », lâĂ©levant Ă lâordre de la peinture. Mais Ă partir de 1941, Lam sâest engagĂ© dans le giron surrĂ©aliste tout en inventant une peinture surnaturaliste des corps dĂ©membrĂ©s et en transe. Ce qui ne lâempĂȘchera pas de conserver de bonnes relations avec Picasso. En revanche, entre DomĂnguez et Breton, les choses se passent un peu diffĂ©remment. Dâabord, DomĂnguez, qui vit Ă Paris, met quelques annĂ©es avant de faire son entrĂ©e dans le groupe surrĂ©aliste. Ensuite de 1934 Ă 1941, les relations entre DomĂnguez et Breton sont au beau fixe, avec comme moments forts 1. le voyage aux Canaries ; 2. la dĂ©couverte dâune dĂ©calcomanie Ă©quivalant Ă la recherche du Point Sublime ; 3. le rĂŽle dĂ©volu Ă DomĂnguez, dans le rĂȘve du 7 fĂ©vrier 1937, de cameraman dâune peinture animĂ©e ; 4. la volontĂ© du peintre canarien dâexplorer le temps, aussi bien dans lâobjet Jamais que dans sa thĂ©orie et sa pratique lithochronique. 5. enfin le jeu de Marseille qui tĂ©moigne du collagisme surrĂ©aliste. Pourtant, en dĂ©pit de cette pĂ©riode faste, quelque chose de dĂ©saccordĂ©, aprĂšs Marseille, se produira entre DomĂnguez et Breton. Cela sera visible au retour de Breton Ă Paris. En effet, le 30 mai 1946, DomĂnguez sâinquiĂ©tera, Breton ne lui ayant pas fait signe. Il chargera alors Maud Bonneaud, son Ă©pouse depuis un an, de lui Ă©crire pour une reprise de contact Mon cher AndrĂ© / Oscar mâa dit â Toi que tu es dans la littĂ©rature â, Ă©cris Ă AndrĂ© que nous attendons toujours son coup de tĂ©lĂ©phone. / Nous sommes en effet extrĂȘmement impatients de vous revoir. Nous pensons que câest important. Tant de bruits circulent, tant dâhistoires ont Ă©tĂ© inventĂ©es, quâOscar tiendrait beaucoup Ă tirer cela au clair avec vous[10]. » Dans cette lettre, oĂč Maud et Ăscar expriment leur trĂšs grande affection » Ă Breton et manifestent quâils seraient tellement heureux » de le revoir, on perçoit une certaine gĂȘne, pour ne pas dire une vive alarme. Quels pouvaient bien ĂȘtre les bruits et rumeurs autour dâĂscar DomĂnguez ? Il est difficile de le savoir. En revanche, ce qui pouvait avoir plus quâirritĂ© AndrĂ© Breton, câest que Paul Ăluard, en dĂ©cembre 1943, et Georges Hugnet, en janvier 1945, avaient prĂ©facĂ© le catalogue dâune exposition DomĂnguez. Il paraissait alors peu pensable que le peintre canarien puisse ĂȘtre du cĂŽtĂ© de Breton tout en frĂ©quentant ouvertement Paul Ăluard et Georges Hugnet, devenus des adversaires du surrĂ©alisme. Il est curieux aussi de constater une sorte de chassĂ©-croisĂ© entre Lam et DomĂnguez, au dĂ©but des annĂ©es quarante. Quand le premier sâĂ©mancipe de Picasso, le second semble vouloir lâĂ©lire comme modĂšle. Ce chassĂ©-croisĂ© nâempĂȘche pas une certaine rencontre entre les deux peintres insulaires. Par exemple, il y a une prolifĂ©ration de seins dans plusieurs dessins de Lam destinĂ©s Ă Fata Morgana comme dans le frontispice dâAu fil du vent et La SuicidĂ©e de DomĂnguez. Ou encore, il y a une mĂȘme figuration voluptueuse de femme renversĂ©e dans une gouache de Lam de 1942 et dans La RĂȘveuse, une toile de DomĂnguez de 1943. Bien entendu, les deux peintures ne sont pas superposables. Mais il reste que quand le cubain affirmera et cultivera sa singularitĂ©, le canarien aiguisera moins son gĂ©nie et tĂątonnera davantage. LâĂ©mulation surrĂ©aliste manquera Ă DomĂnguez. En 1947, il ne pourra pas, dans le cadre de lâexposition internationale du surrĂ©alisme, honorer LautrĂ©amont et Ă©lever un autel Ă la Chevelure de Falmer, comme le fera Lam. Il y a un indice qui ne trompe pas. Ă Marseille, durant lâhiver 1940-1941, les surrĂ©alistes semblent sous le charme dâHĂ©lĂšne Holzer, la compagne de Wifredo Lam. Le jour de son anniversaire, le 19 janvier 1941, un petit carnet recueillera les hommages, entre autres, de Victor Brauner, Jacques HĂ©rold et Ăscar DomĂnguez mais aussi du couple Breton et de la petite Aube. AndrĂ© Breton, pour sa part, dĂ©die Ă sa trĂšs gracieuse amie HĂ©lĂšne Lam » un poĂšme oĂč elle incarne Ă la fois lâavenir et la durĂ©e[11]. Quant Ă DomĂnguez, outre une composition graphique, il Ă©crit Ă Helena » une dĂ©dicace, oĂč, en une formule Ă©quivalant Ă un souvenir de lâavenir, il Ă©voque une durĂ©e alchimique et millĂ©naire, miroir et promesse de son affection El agua vieja de mil años que es mercurio sobre el cristal es al mismo tiempo, el espejo donde se reflejarĂĄ mi afecto profundo por ti / DomĂnguez ». Si HĂ©lĂšne, pour DomĂnguez, comme pour Breton, reprĂ©sente lâimage mĂȘme de la permanence et de la grĂące, il faut bien croire que sa prĂ©sence constante auprĂšs de Wifredo Lam Ă Marseille, puis Ă Cuba, aura des effets plus que vivifiants dans sa peinture supernaturaliste et inventive. Sans forcer la comparaison avec Wifredo Lam, on peut sâinterroger sur la vie passionnelle de DomĂnguez. Sous lâOccupation, quelles sont ses relations avec Roma, la pianiste juive, qui a fait le voyage aux Canaries et dont il a rĂ©alisĂ© un portrait ? Avec Marcelle Ferry, lâancienne amie de Breton, dont il a Ă©tĂ© lâamant ? Avec Laurence IchĂ©, dont il illustre Au fil du vent ? Et surtout, avec Maud Bonneaud, cette Ă©tudiante qui a cĂŽtoyĂ© AndrĂ© Breton ? Nous avons dĂ©jĂ mentionnĂ© cette note sombre que semble reflĂ©ter le dessin La SuicidĂ©e. Mais, Ă lire lâenvoi, signĂ© AndrĂ© Thirion, sur un exemplaire du Grand Ordinaire, Ă©ditĂ© en 1943 avec le renfort dâillustrations et dâeaux-fortes licencieuses de DomĂnguez, ce dernier aurait eu une telle appĂ©tence pour certaines douces colombes, que cela contrebalancerait chez lui toute propension au suicide Pour Ăscar DomĂnguez, le Minotaure en frac, il apprivoise les colombes et aprĂšs les avoir lĂąchĂ©es il les sacrifie Ă coups de revolver hexagonal ; il en broie les plumes, les yeux et les pattes dans un gros mortier avec son gros sexe, et il sâen repaĂźt entre 10 h 35 et 11 h 45 du matin, avant lâheure du cinzano sans gin. En plus, nous prĂ©fĂ©rons les illustrations au texte qui nâaurait jamais Ă©tĂ© publiĂ© sans ton obstination dâivrogne ! Un soir que tu tâen prenais Ă une pauvre colombe turque, Oscar, cher canaque. / Ton ami, Thirion ». Dâailleurs, ces petites colombes ou ces cailles qui lui tomberaient rĂŽties dans la bouche, on en trouve trĂšs prĂ©cisĂ©ment la trace dans Ćil-de-pĂšre », un poĂšme de Robert Rius sur lâimagination, datĂ© du 25 mai 1943 lâimagination cheval / celle qui / celle que lâon rĂŽtit / celle que Dominguez appelle petite colombe blanche »[12]. Bref, Ă cette Ă©poque, DomĂnguez Ă©tait-il heureux ou mĂȘme chanceux en amour ? Rien ne le dĂ©ment, rien ne lâĂ©tablit. Une machine Ă Ă©crire et Ă peindre AprĂšs la guerre, il est de fait que DomĂnguez, en exil plus que jamais Ă Paris, et qui se tient aux cĂŽtĂ©s dâĂluard et de Picasso, a dit adieu Ă Breton. Or, de mĂȘme que nous avons suggĂ©rĂ© que le dessin dâavant le suicide, portant la mention avec le souvenir de lâavenir », replongeait DomĂnguez dans une temporalitĂ© qui le rattachait Ă Breton, de mĂȘme nous voudrions montrer quâun phĂ©nomĂšne analogue se produit chez Breton dans le dernier texte quâil Ă©crit sur la peinture et qui clĂŽt dâailleurs lâĂ©dition dĂ©finitive du SurrĂ©alisme et la peinture. Le 7 fĂ©vrier 1965, qui est tout de mĂȘme le jour anniversaire du fameux rĂȘve sur DomĂnguez, Breton signe une prĂ©face pour le catalogue de lâexposition Konrad Klapheck Ă la galerie Ileana Sonnabend. Dans une facture Ă la lisiĂšre de lâhyperrĂ©alisme, les tableaux de Klapheck dĂ©clinent toute une gamme de machines, tels que machines Ă Ă©crire, machines Ă coudre[13], tĂ©lĂ©phones et sirĂšnes, robinets et douches, embauchoirs, timbres de bicyclettes, toute une gamme qui, Ă lâexception prĂšs des siphons des tables de cafĂ© ou des pavillons de phonographe, ressortit de la machinerie ou de la quincaillerie dĂ©jĂ peintes par DomĂnguez. Pour exposer le problĂšme de la machine, Breton fait flĂšche de tout bois. Frottant le SurmĂąle dâAlfred Jarry Ă La Science de lâamour de Charles Cros et Ă LâĂve future de Villiers, puis invoquant Freud et Havelock Ellis, il aboutit Ă la machine Ă coudre de LautrĂ©amont. Autre perspective machinique, celle qui culmine dans La MariĂ©e mise Ă nu par ses cĂ©libataires, mĂȘme de Duchamp, en prenant appui sur les dessins mĂ©caniques de Picabia ou de Dada. Surgit enfin, Ă©blouissante et aguicheuse dans son rĂŽle de vamp », la machine Ă Ă©crire, quâAndrĂ© Breton prĂ©sente ainsi Il nây a pas si loin de la âpieuvre-machine Ă Ă©crireâ pour Jacques VachĂ© en 1917 Ă celle dont les touches âgermentâ dans telle toile de 1939 de DomĂnguez ; ici et lĂ manifestement on garde trace de leur corps Ă corps avec leurs premiĂšres animatrices âles belles stĂ©nodactylographesâ chantĂ©es par Apollinaire. » Alors que pour Klapheck[14], la machine Ă Ă©crire, reprĂ©sentant le pĂšre, la politique et lâartiste, est de sexe mĂąle, pour Breton, au contraire, elle serait une vamp et elle conserverait la trace du corps Ă corps avec les belles stĂ©nodactylographes », celles dont Guillaume Apollinaire, subjuguĂ© par lâaffairement, les signaux sonores, les inscriptions, dâune rue industrielle de Paris, avait remarquĂ© la prĂ©sence, dans le poĂšme Zone » Les directeurs les ouvriers et les belles stĂ©nodactylographes Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent Quant Ă Jacques VachĂ©, il avait fait surgir, dans sa lettre Ă AndrĂ© Breton du 18 aoĂ»t 1917, lâimage dâun dandy Ă monocle pourvu dâune pieuvre-machine Ă Ă©crire ». Et pour ce qui est enfin de la rĂ©fĂ©rence de Breton Ă DomĂnguez, sont concernĂ©es en fait deux toiles de 1938, ou bien La Machine Ă Ă©crire, qui a pour motif une mĂ©canique en dĂ©composition, mi-vĂ©gĂ©tale mi-animale, hĂ©rissĂ©e de touches dĂ©glinguĂ©es comme autant de tentacules, ou bien Souvenir de lâavenir, dont nous avons dĂ©jĂ parlĂ©, avec sa machine Ă Ă©crire un petit peu moins dĂ©labrĂ©e. Pourquoi donc le 7 fĂ©vrier 1965, Breton convoque-t-il la pieuvre-machine Ă Ă©crire » de VachĂ©, la machine Ă Ă©crire aux touches germinatives de DomĂnguez et enfin les belles stĂ©nodactylographes » dâApollinaire ? Pour se faire une idĂ©e de cette vamp aux touches germinatives, il faut se situer en fĂ©vrier 1928, en pleine sĂ©ance de Recherches sur la sexualitĂ©. Voici les propos dâAndrĂ© Breton, indiquant Ă quel Ăąge il eut sa premiĂšre expĂ©rience sexuelle et quel en fut le dĂ©roulement 19 ans. Avec une jeune dactylographe de chez Underwood, qui habitait Aubervilliers moi, Pantin. Jâai fait lâamour avec elle dans un hĂŽtel de la rue de la Harpe. Je nâai pas cessĂ© toute la nuit dâĂȘtre trĂšs tourmentĂ© au sujet de mes possibilitĂ©s physiques, bien que jâaie fait lâamour avec elle quatre fois. Impression merveilleuse nĂ©anmoins, mais le lendemain Ă 8 heures, crise dâappendicite violente nĂ©cessitant mon transport Ă lâhĂŽpital ?[15]. » Que rĂ©vĂšle cette confidence ? Elle nous apprend au moins trois choses 1. AndrĂ© Breton a eu sa premiĂšre relation sexuelle, son premier corps Ă corps, avec une jeune dactylographe de chez Underwood, qui rappelons-le Ă©tait une marque de machine Ă Ă©crire. Câest donc sous le double signe de la machine Ă©crire que Breton a Ă©prouvĂ© en 1915 ses premiers Ă©mois physiques ; 2. Il y a une Ă©trange coĂŻncidence entre le poĂšme dâApollinaire oĂč les belles stĂ©nodactylographes » passent dans la rue quatre fois par jour » et le souvenir, rapportĂ© par Breton, dâavoir fait, avec la jeune dactylographe, quatre fois » lâamour durant la nuit ; 3. Sachant que le corps Ă corps avec la dactylographe a Ă©tĂ© merveilleux mais a tout de mĂȘme dĂ©clenchĂ© une crise dâappendicite, on comprend que Breton Ă propos des machines de Klapheck, ait fait appel aux machines Ă Ă©crire de VachĂ© et de DomĂnguez. Car, dans la pieuvre-machine Ă Ă©crire » de Jacques VachĂ©, on verrait assez bien le corps tentateur et peut-ĂȘtre insatiable de la jeune dactylographe, et dans la machine dĂ©glinguĂ©e aux touches germinatives de DomĂnguez on distinguerait, outre les semences rĂ©pandues par le jeune poĂšte, les chocs et les Ă©branlements mettant Ă rude Ă©preuve jusquâĂ la carcasse de sa machine dĂ©sirante. AndrĂ© Breton, Ă travers le trio Apollinaire, VachĂ© et DomĂnguez, aurait donc eu une rĂ©miniscence de ses premiĂšres Ă©treintes avec la pieuvre dactylographe. Ăscar DomĂnguez, avant le suicide, aurait eu, pour sa part, la rĂ©miniscence dâune machine Ă Ă©crire germinative et dâun phonographe avaleur de femme. Au peintre comme au poĂšte, la machine Ă Ă©crire et le phonographe auront donc dĂ©voilĂ© un Ă©ros teintĂ© de terreur. Le peintre canarien Ă©tait-il suicidaire ? Marcel Jean rapporte quâun jour, Roma lâayant quittĂ© sans rien dire, il avait tentĂ© de se pendre, mais sans succĂšs, le clou auquel il avait accrochĂ© la corde ayant cĂ©dĂ©[16] . La journaliste Mercedes GuillĂ©n, qui avait rendu visite Ă DomĂnguez, fin 1957, a racontĂ© par la suite que le peintre lui avait laissĂ© entendre quâil allait se suicider. Il lui aurait aussi confiĂ©, quâĂ©tant enfant, il avait eu envie de mourir, Ă la vue de sa petite cousine dans un cercueil de verre, sur le chemin du cimetiĂšre[17]. Force est de convenir que le suicide de DomĂnguez, dans la nuit du 31 dĂ©cembre 1957, date ĂŽ combien symbolique, Ă©tait prĂ©mĂ©ditĂ©. Nous avons insistĂ© sur le dessin annonciateur de suicide quâun coursier a remis Ă Maurice Hersaint le 31 dĂ©cembre Ă 22 heures. Il est temps de rĂ©vĂ©ler deux ultimes documents Ă©tablissant, pour lâun, une volontĂ© dâen finir avec la vie, et pour lâautre, un dĂ©sir de suspendre cette dĂ©cision Ă lâentrevue avec une femme, en lâoccurrence avec Marcelle ou Lila Ferry, qui fut de 1936 Ă 1937 lâamante dâĂscar DomĂnguez, aprĂšs avoir Ă©tĂ© dâailleurs la compagne de Georges Hugnet, puis dâAndrĂ© Breton. Sur un formulaire de tĂ©lĂ©gramme, oĂč ont Ă©tĂ© apposĂ©s, sans doute Ă lâaide dâun tampon, deux labyrinthes, on peut lire, Ă©crit en gros caractĂšres, de la main de DomĂnguez Bonne AnnĂ©e 1958 », suivi de sa signature. De plus, en marge du formulaire, est notĂ© de la main de Marcelle Ferry Ăscar mâavait adressĂ© ce tĂ©lĂ©gramme que je reçus aprĂšs sa mort le 31 dĂ©cembre 1957 / Jâai un remords[18] ». La signification du labyrinthe ne fait pas de doute. Il sâagit du labyrinthe dans lequel Ă©tait enfermĂ© Ăscar DomĂnguez, alias le Minotaure[19], Ă lâimage dâailleurs dâun tableau de 1950 intitulĂ© Minotauro. Cependant, ces vĆux de Bonne AnnĂ©e 1958 », dont la teneur est plus quâambiguĂ«, doivent ĂȘtre apprĂ©ciĂ©s Ă la lumiĂšre dâun billet rĂ©digĂ© par DomĂnguez, Ă deux pas du domicile de Lila Ferry, trĂšs probablement le samedi 28 dĂ©cembre 1957. Ce billet commence ainsi Dans le bistro du coin Ă 10 mĂštres de chez toi ». Puis vient lâobjet du message â une demande pressante de rendez-vous Lila-câest-la-vie. VoilĂ comme je tâappelais hier soir dans mes rĂȘves⊠Je voudrais te parler et te voir. Je serai Ă la Rhumerie martiniquaise Ă 6 h. ce soir samedi. JâĂ©tais trĂšs malade, mais le Minotaure a vaincu tout, et je vous attends, avec toute lâamitiĂ© et lâintĂ©rĂȘt de toujours. Câest-la-vie = Lila. Viens toujours / Ăscar » Que sâen est-il suivi[20] ? Soit Lila Ferry a rĂ©pondu Ă lâappel du Minotaure et nâa pas su apaiser ses angoisses, soit elle nâa pas voulu ou nâa pas pu aller au rendez-vous. Dans les deux cas, les vĆux de bonne annĂ©e du Minotaure auront un goĂ»t amer pour Marcelle Ferry, qui reconnaĂźtra avoir eu du remords. Le 17 avril 1936, dans une pĂ©riode de passion violente et intense, DomĂnguez Ă©crivait Ă Lila Ferry câest toi qui me donne la force et lâenvie de vivre. » Une semaine aprĂšs, il Ă©voquait le souvenir impĂ©rissable dâun amour dâenfance, celui de sa petite cousine morte Ă sept ans. Et il prĂ©cisait que son amour pour Lila sâĂ©tait substituĂ© Ă celui de la petite fille Câest toi qui prends la place. » Ce qui voudrait dire que Lila Ferry, en 1936, condensait deux Lila Lila-la-cousine-morte et Lila-câest-la-vie. Le 28 dĂ©cembre 1957, DomĂnguez lance un appel au secours Ă Lila Ferry. Il espĂšre rencontrer Lila-câest-la-vie. Le 31 dĂ©cembre, le Minotaure sâenferme dans son labyrinthe et confectionne deux souvenirs du futur, un dessin pour Maurice Hersaint et un tĂ©lĂ©gramme de Bonne annĂ©e 1958 pour Lila Ferry. Georges Sebbag Notes [1] Ces faits nous sont connus grĂące au tĂ©moignage de Claude Hersaint, qui aujourdâhui encore en est tout Ă©mue. Ils mâont Ă©tĂ© aimablement rapportĂ©s par VĂ©ronique Serrano du musĂ©e Cantini de Marseille, Ă qui jâavais demandĂ© de joindre Madame Hersaint pour en prĂ©ciser le dĂ©tail. [2] Curieusement, La RĂ©volution surrĂ©aliste n° 7 du 15 juin 1926 reproduira LâĂnigme de la fatalitĂ© sous le titre LâAngoissant voyage. [3] En 1924, le Discours sur le peu de rĂ©alitĂ© est signalĂ© en prĂ©paration » dans Les Pas perdus puis dans le Manifeste du surrĂ©alisme. En juin 1927, il est indiquĂ© Ă paraĂźtre » dans lâIntroduction au discours sur le peu de rĂ©alitĂ©. [4] Ă notre connaissance, le dessin La SuicidĂ©e dâĂscar DomĂnguez a Ă©tĂ© reproduit pour la premiĂšre fois en 1978 dans Le Cache-sexe des anges, Les LĂšvres nues, Bruxelles. [5] Gilbert Senecaut, LâĂrection expĂ©rimentale, intr. Roger Vitrac, Ă©d. LâAiguille aimantĂ©e, Anvers, 1942. Selon lâauteur lâĂ©rection expĂ©rimentale » dĂ©finirait une nouvelle mĂ©thode pour lâinsĂ©mination de la rĂ©alitĂ© ». En fait, G. Senecaut, mĂȘlant allĂ©grement psychologie et biologie, se livre Ă une parodie de la terminologie et de lâexpĂ©rimentation scientifique. [6] Ăscar DomĂnguez, La pĂ©trification du temps », dans La ConquĂȘte du monde par lâimage, les Ă©ditions de la Main Ă plume, Paris, 1942. Notons que ce texte, portant la seule signature de DomĂnguez a Ă©tĂ© Ă©crit en collaboration avec Ernesto SĂĄbato, comme lâa indiquĂ© AndrĂ© Breton, en mai 1939, quand il en a fait une longue citation dans son article Des tendances les plus rĂ©centes de la peinture surrĂ©aliste » publiĂ© dans Minotaure n° 12-13. Cette longue citation couvrait en fait la seconde partie de La pĂ©trification du temps », mais Ă cette diffĂ©rence prĂšs que la citation de Breton sâachevait sur la phrase Le hasard objectif sera un Ă©lĂ©ment trĂšs important dans le choix des Ă©lĂ©ments Ă superposer », tandis quâen 1942 cette phrase se poursuit avec le passage mentionnant les langoustes empaillĂ©es » et le suicide de Marie-Louise. DâoĂč cette interrogation cet ultime passage, oĂč apparaĂźt le thĂšme de la suicidĂ©e, figurait-il dans le manuscrit de 1939 consultĂ© par Breton ou correspond-il Ă un ajout que DomĂnguez aurait introduit en 1942 ? [7] Il nous faut signaler le tableau de 1939 de Frida Kahlo intitulĂ© Le Suicide de Dorothy Hale, illustrant de façon dramatique le saut dans le vide de la jeune femme du haut dâun building de New York, le 21 octobre 1938. DomĂnguez a pu avoir connaissance de ce suicide qui avait touchĂ© de prĂšs Frida Kahlo. [8] La thĂšse, selon laquelle DomĂnguez est hantĂ© en 1942 par le suicide dâune femme pourrait trouver un renfort dans le frontispice dâAu fil du vent de Laurence IchĂ©. Cette plaquette comprend huit illustrations de DomĂnguez, Ă savoir, la vignette de couverture un Ćil ouvert, un Ćil fermĂ©, le frontispice, et six vignettes courant dans le texte. Or le frontispice dâAu fil du vent, comme dans La SuicidĂ©e, reprĂ©sente une femme nue aux multiples seins. Surtout, comme cette femme nue ne semble avoir pour tĂȘte que le poignard quâelle brandit, elle serait bien au bord du suicide. Dâautre part, il est curieux de noter que ce quasi dĂ©but dâAu fil du vent dans ta poitrine de phosphore / qui sâouvre en un vent dâĂ©ventail / Le vent ce grand sculpteur dâĂ©rections uniques / dans le jeu de quilles des jours trĂ©buchĂ©s », semble trouver un Ă©cho dans cette quasi fin de LâĂrection expĂ©rimentale Mais il jouait aux quilles avec des seins / Mais les saints sont des hommes / Mais il fĂ©condait une morgue ». [9] Voir Victor Brauner, Ăcrits et correspondances, 1938-1948, Ă©d. Ă©tablie par Camille Morando et Sylvie Patry, Centre Pompidou, INHA, Paris, 2005, p. 184. Dans cette lettre non datĂ©e et accompagnĂ©e dâun dessin, on apprend que DomĂnguez fournit un peu de feuille dâor Ă Brauner. On a le sentiment, comme lâatteste la formule grand souvenir de lâavenir », que les deux peintres partagent alors la mĂȘme recherche bretonienne de lâor du temps. Il serait intĂ©ressant de pouvoir dater avec certitude cette lettre importante. [10] Voir [11] En voici quelques vers Dans la prochaine feuille du printemps / Il y aura deux ailes pour HĂ©lĂšne [âŠ] Mais lâavenir est une chambre dans laquelle vous mettez lâordre des perles [âŠ] [une branche de corail qui] ne peut se diviser ni pĂąlir avec les annĂ©es ». Voir Helena Benitez, Wifredo and Helena, My life with Wifredo Lam, 1939-1950, Acatos, Lausanne, 1999. [12] Je remercie Rose-HĂ©lĂšne IchĂ© de mâavoir signalĂ© le poĂšme Ćil-de-pĂšre » de Robert Rius. [13] Rappelons que fut organisĂ©e Ă Berlin, au cours de la Grande SoirĂ©e Dada du 15 mai 1919, une course entre une couturiĂšre sur sa machine Ă coudre et une dactylographe sur sa machine Ă Ă©crire. [14] Voir dans le catalogue de lâexposition Konrad Klapheck Galerie Ileana Sonnabend, Paris, 1965, outre la prĂ©face dâAndrĂ© Breton, le texte de K. Klapheck intitulĂ© La machine et moi ». [15] Archives du surrĂ©alisme, Recherches sur la sexualitĂ©, Janvier 1928 â aoĂ»t 1932, Ă©d. JosĂ© Pierre, Gallimard, Paris, 1990, p. 116-117. [16] Voir Marcel Jean, Au galop dans le vent, Ă©d. Jean-Pierre de Monza, Paris, 1991, p. 46-47. Cette tentative de suicide pourrait se situer en 1935. [17] Voir Mercedes GuillĂ©n, Artistas españoles de la Escuala de ParĂs, Madrid, Taurus, 1960. Le passage sur DomĂnguez est repris dans le catalogue Ăscar DomĂnguez, 1926-1957, CAAM, Canaries, Ă la rubrique Chronologie, Ă©tablie par Emmanuel Guigon, p. 307-308. [18] Ce document figure dans la correspondance dâĂscar DomĂnguez Ă Marcelle Ferry, que mon ami Dominique Rabourdin mâa permis de consulter. [19] Ce surnom de Minotaure remonte au moins au dĂ©but des annĂ©es quarante, comme le signale la dĂ©dicace dâAndrĂ© Thirion, dĂ©jĂ citĂ©e, sur un exemplaire du Grand Ordinaire Pour Ăscar DomĂnguez, le Minotaure en frac [âŠ] ». [20] Une seule chose est certaine. DomĂnguez a portĂ© lui-mĂȘme le message au domicile de Lila Ferry. En effet, on peut lire sur lâenveloppe contenant le billet Mme Lila Ferry / rue Bonaparte / E. V. » RĂ©fĂ©rences Le souvenir de lâavenir », in Surrealismo Siglo 21, actes du colloque de lâuniversitĂ© de La Laguna, sous la direction de Domingo-Luis HernĂĄndez, Santa Cruz de Tenerife, 2006. Traduit en espagnol dans la revue La PĂĄgina Santa Cruz de Tenerife, n° 64-65, 2006.
claude et georges pompidou l amour au coeur du pouvoir